Les responsables sont alors tout trouvés : les parents qui font montre carences en matière d’éducation. Le film nous montre en effet des élèves incapables de contrôler ni paroles, ni gestes, de parler correctement, d’accepter l’autorité qu’un professeur a de droit. Le tutoiement devient monnaie courante, les insultes fusent et deviennent un mode de communication. Le résumé de ce chaos est exprimé en quelques mots par cet élève arrivé en cours d’année pour avoir été exclu de son ancien établissement : j’aime pas l’école, le racisme et Matterazi.
Mais le film apporte la preuve irréfutable de l’autre responsable de ce changement dans les comportements : ce n’est pas François en tant que prof qui fait ce que l’on a dit de faire à l’IUFM, ni même l’ECOLE comme les médias se complaisent à redire chaque année qui sont en cause. La gangrène c’est évidemment le pédagogisme qui hante les pratiques, celui qui dit qu’il faut « faire parler les élèves », au lieu de leur donner à apprendre. Les conséquences sont dramatiques : François qui pense bien faire devient un héros tragique, au destin tout tracé. Plus il lutte, plus il descend aux Enfers, guidé par les croyances que lui ont prodiguées les Grands Manitous de « la Nouvelle Pédagogie ». Unité de lieu : la salle de classe, de temps : l’année scolaire, d’action : le cours. Seule la bienséance en prend pour son grade. Pour le reste, l’essence même de la tragédie alimente ce quasi huis-clos.
En libérant la parole, sans règles, sans repères pour dire tout et n’importe quoi comme « cet exercice d’argumentation » durant lequel chacun peut venir s’exprimer et où l’on ne parle que de la Coupe d’Afrique des Nations, évocation qui s’accompagne des étendards du communautarisme, et qui se termine dans un brouhaha inacceptable, insultes et haine raciale comprises : qu’ont appris ces élèves durant cette heure là ? Quelle valeur ajoutée fut celle de ce cours de français ? Qu’a obtenu François si ce n’est réveiller les laves de haine qui ne demande qu’à jaillir de ces volcans d’inculture ?